Jokers
Comme dans le livre de Susie Morgenstern « Joker », chacun recevait un lot de jokers qu’il pouvait utiliser dans l’année scolaire. Pour utiliser un de leur joker, il fallait venir me le faire valider, je gardais mon droit de veto sur le moment choisi. L’échange de joker était autorisé, par contre la perte était définitive.
Exemples de jokers : venir à l’école déguisé, faire une danse, faire un bisou à la maîtresse, ne pas faire ses devoirs, aller dormir ou jouer à l’ordinateur ou lire ou prendre l’air pendant un temps donné…
Cela apportait de la fantaisie au quotidien, reconnaissait la possibilité de ne pas être infaillible, invitait à faire preuve d’imagination, à surprendre le groupe.
David, arrivé en cours d’année suite à un déménagement, pas « à l’aise dans ses baskets », joue son « joker pour chanter une chanson », les autres sont en lecture silencieuse. Il passe derrière le tableau et commence à chantonner timidement « Armstrong » de Nougaro que nous avions appris ensemble. Certains me regardent surpris que j’ai laissé chanter leur camarade alors qu’ils étaient plongés dans leur livre, grognent un peu puis David monte le son et se « lâche » complètement dans le volume et le ton. Peu à peu d’autres l’accompagnent, j’en fais partie, il termine, sort de derrière le tableau et la classe entière l’applaudit ! David a, à ce moment précis, une lumière dans les yeux que nous n’avions pas vue depuis son arrivée ! Il a surpris, il s’est « lâché », quelque chose s’est débloqué chez lui, il peut à présent entrer en contact avec nous, commencer à prendre sa place.
Un matin, j’ouvre la porte et vois Léon me tendre son « joker pour venir à l’école déguisé », il avait son bonnet de bain, son tuba, son masque, son slip de bain sur le pantalon et les palmes aux pieds ! Bonne humeur garantie pour toute la journée !
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Voyages
Chaque année nous partions en voyage pendant cinq jours. Désolée Monsieur l’Inspecteur, nous appelions ça des vacances ! Et c’en était ! Destination la mer, la montagne ou Paris !
Beaucoup d’enseignants s’imaginent que ça représente un travail de préparation monstrueux et n’en organisent pas. Nombreux sont ceux qui font la liste des risques encourus par les enfants et donc par eux-mêmes et n’en organisent pas !
Agée de 23 ans, j’organise seule dès ma première rentrée un voyage en Charente-Maritime pour mes vingt élèves. Je trouve deux accompagnateurs : mon frère, 20 ans et un ami à lui habitué de l’animation en colonies de vacances. J’écris un projet pédagogique, trouve un centre d’accueil, des financements. Les parents sont d’accord, ils attendaient ça depuis longtemps même, tous les enfants viennent. Cette semaine est toujours un des plus beaux souvenirs de toute ma vie, du pur bonheur ! Joé émerveillé et surpris devant cet océan dont il n’avait aucune représentation visuelle. Joé, Laura, Alan qui font du bateau pour la première fois. D’autres qui passent plus de 24 heures sans leurs parents pour la première fois. Des heures de jeux sur la plage, de chants, de rires, de plaisir à être là ensemble. Des yeux pleins de joies devant l’île d’Aix, l’Aquarium de La Rochelle, le coucher du soleil sur l’océan, les animaux de l’estran…
Chaque année le plaisir, le bonheur ont été au rendez-vous, nos films et photos souvenirs pour preuves. Premier train, premier métro, premier musée, premier planétarium, première Tour Eiffel, premier feux pour passage piéton ( !), première sensation forte et première rencontre avec ses limites supposées en via ferrata, escalade, VTT, randonnée de nuit…
Les relations entre les enfants et moi, entre les enfants entre eux en ressortaient encore plus intenses et plus sincères.
Lucas, changé d’école, vivant dans un contexte familial difficile, arrive dans ma classe avec un an de retard et ne sachant ni lire ni écrire selon mes collègues, sous-doué, promis à un enseignement spécialisé. Jusqu’en mai, date du voyage, je tente en vain d’entrer en contact avec lui. En effet il ne montre que peu d’acquis et surtout ne parle quasiment pas. La détresse dans ses yeux est évidente. Il ne voulait pas venir au voyage, je n’arrivais pas à savoir pourquoi. Je ne sais pas non plus pourquoi il est finalement venu. Ce dont je suis sûre c’est de l’étincelle dans ses yeux grandissante à chaque repas passé à la même table que moi. Je ne sais pas ce qui s’est joué exactement, peut-être a-t-il juste réalisé que les instits sont aussi des êtres humains ou peut-être a-t-il pu faire l’expérience que la vie pouvait être remplie de bonheur. En tout cas en rentrant, il a écrit plus de quinze lignes que je pouvais lire et comprendre (c’était la première fois !) sur la pêche à pieds faite pendant le voyage. Son texte a été publié dans le journal de la classe. L’année suivante, les progrès se sont enchaînés, il s’est ouvert, il s’est mis à parler, à sourire, à avoir des amis, à lire, à écrire, à vivre …
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Hétérogénéité
Bernard Collot3 décrit très bien dans son livre « Une école du 3ème type » les intérêts multiples de l’hétérogénéité d’un groupe et les handicaps crées par les groupes homogènes. C’est fondamental ! Qui voudrait ne vivre qu’avec des personnes du même âge, qui savent faire à peu près les mêmes choses que soi-même et surtout qui éprouvent les mêmes difficultés et ont les mêmes limites ?!! Je me contenterai d’écrire que c’est triste, peu fructueux, que ça ne favorise ni la coopération ni la créativité mais la compétition, que c’est contraire à la vie ! A vivre avec ses semblables on se condamne à la stérilité, à la régression !
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Loto
Pour financer nos vacances, enfin notre voyage, nous organisions un loto. La préparation avait lieu en conseil. Le jour J, j’étais attentive, le tableau de rotation sur les différents rôles en main et je n’avais qu’à rassurer ceux qui avaient besoin de l’être. Parler dans le micro, retourner les nombres au tableau, vérifier les cartons des gagnants, vendre les billets, faire tourner la buvette, chacun faisait une ou plusieurs tâches.
Tous capables !
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Informatique et matériel de classe
Trois ordinateurs étaient utilisables et connectés à internet. Nous utilisions le site « Arbustes » créé par des amis, pour communiquer entre nous et avec d’autres classes. Il s’agit d’un mur, auquel nous accédons par mot de passe, sur lequel chacun peut écrire des messages et réagir à ceux des autres. Nous avions également un site de classe à partir duquel nous pouvions accéder à des sites qui permettent de travailler des compétences, aux documents de la classe. Chacun avait aussi sa page sur laquelle il pouvait afficher ses textes, des photos de ses réalisations.
L’imprimante, le photocopieur, l’appareil photo, le caméscope, le téléphone, le lecteur CD, l’enregistreur étaient à la disposition de chacun.
Quand j’ai annoncé mon départ, une des premières questions a été « On pourra toujours utiliser le téléphone ?! et le photocopieur ?! ».
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Marchés de connaissances1
Seul ou en binôme, les enfants tiennent un stand, un atelier, ils choisissent ce qu’ils veulent transmettre : un savoir, une technique ou ce qu’ils veulent faire découvrir : un art, un sport… Le public peut être les camarades de la classe, de l’école, les parents, les habitants.
Louisette fait peindre les adultes à la manière de Van Gogh. Olivier et Tom font faire un parcours balle aux pieds pour les adultes. Gay apprend à faire du diabolo. Caroline enseigne une danse traditionnelle. Ninon fait connaître les animaux de l’estran. Léonie fait dessiner de drôles de personnages. Mattieu fait réaliser des étoiles en origami…
En amont, les enfants assurent la préparation de leur atelier, de leur matériel, ils gèrent l’espace, le temps, font des affiches publicitaires, des flèches et des tableaux pour aider le public à se repérer.
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Sorties, intervenants
Pour transmettre un savoir, rien de mieux que d’être un passionné ! L’enthousiasme est contagieux, mon engouement pour l’histoire, les maths, la lecture de romans, les sports collectifs, l’environnement a permis a plusieurs enfants de prendre goût à ces disciplines.
Sur propositions des enfants ou grâce à des opportunités, des passionnés sont venus nous faire partager leur amour de l’accordéon, de la pêche à la truite, de l’escalade, de l’escrime, du chant, du cinéma, de l’allemand, de l’italien…
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Chaque année, j'étais conviée à une réunion au collège avec les profs de sixième, les collègues de CM2 du secteur, Madame la Principale et Monsieur le Proviseur.
La première année, j'ai discuté avec une collègue jeune et sympa toute la réunion.
La deuxième année, j'ai regretté de ne pas être assise à côté de la même collègue que l'année précédente.
La troisième année, j'ai fait le constat que plus des deux tiers des gens assis autour de la table avait été mes profs ou mes instits.
La quatrième année, j'ai travaillé mon apnée puisqu'assise à côté d'une collègue qui refoulait une odeur, mélange de poils de chiens, de chats, de cigarettes, de sueurs et autres odeurs non identifiées.
En fait, j'écoutais aussi ce qu'il se disait mais ce n'était pas palpitant : ils ne savent toujours pas multiplier et diviser par dix des nombres décimaux !!! Vous nous envoyez des enfants qui ne savent même pas se retrouver dans leur cahier de texte !! Et tous les : nous allons faire une "journée rencontre sport", une "journée rencontre maths", une "journée rencontre lecture"....plein d'idées de journées-vitrines pour montrer qu'on travaille ensemble au primaire et au collège. Bien sûr, elles n'auront pas lieu ou juste avec les enfants qui habitent la ville du collège. Le plus alléchant : créer des outils communs : alors on fait une grille vous répondez oui ou non : ils savent lire ? ils savent compter ? ils savent nager ? Sur une échelle de 1 à 5, ils sont pénibles comment en classe ? Génial !
La cinquième année, le collègue qui m'insupportait car il voulait absolument prendre la parole à chaque réunion pour nous faire part de ces supers stats, du talent certain des futurs collégiens qu'ils préparaient vaillamment et du manque de moyens à l'école primaire publique, du manque d'implication des parents des élèves en difficultés... bla bla bla... était enfin parti à la retraite, je me sentais plus à l'aise pour prendre la parole.
Seulement, je n'ai pas eu le courage, le moment importun, de leur expliquer mon point de vue, pourtant le proviseur m'avait tendu une belle perche : après avoir étalé tout un tas d'idées-vitrines, il parle d'autonomie, débine des idées reçues et donne en exemple mes élèves avec une phrase du genre : les petits campagnards de Saint Silvain, ils risquent de se perdre pour se rendre du collège à la gare routière !
Mon pauvre Monsieur ! Mes élèves ils savent ce que c'est qu'être autonome ! Ils savent ce que c'est le collège ! Et ce n'est pas grâce à vos genialissimes inventions-vitrines ! Premièrement, nous sommes allés à Paris en train, nous avons pris le métro, traversé sur des passages cloutés avec des petits bonshommes verts ou rouges et nous avons perdu personne ! Et surtout, s'ils ont une idée précise de ce qui les attend, c'est grâce aux anciens élèves qui, dès qu'ils le peuvent, viennent partager notre quotidien, viennent passer une heure ou une demi-journée avec nous, que ce soit pour faire de la peinture, participer au conseil, à la séance d'EPS ou faire de la luge. Là, ils racontent aux autres ce qu'ils vivent, ils répondent à leurs questions. Elle est là la liaison CM2-sixième. Ils viennent aussi me raconter, à moi, leur vie de collégiens. Et aussi, curieux, ils viennent voir comment évolue ma classe et vérifier que les plus jeunes ont su transmettre ce qu'ils leur avaient eux-mêmes transmis.
Les anciens faisaient partie de la vie de la classe, notre fonctionnement intégraient les améliorations qu'ils avaient apportées en conseil, certains de leurs dessins décoraient la classe, et surtout chacun avait laissé sa trace dans l'espace, dans mon esprit, dans mon coeur...
Devoirs
Il est presque 16h30, il faut que je leur donne des devoirs ! C’est bien connu, les enfants ont des devoirs à faire après l’école, les parents les attendent et les redoutent aussi parfois. Alors moi aussi il faut que je leur en donne, il faut que je me dépêche d’en inventer…aller quelques multiplications et une fiche à lire feront l’affaire !
J’ai pensé ainsi beaucoup trop de fois ! J’ai ensuite adopté un fonctionnement, inspiré du travail de Philippe Ruelen. Les devoirs pouvaient être de trois natures :
- Un travail individualisé que je donnais à chacun en fonction de ce qu’il avait à travailler : réviser la table de 8, les terminaisons de l’imparfait…
- Un projet à travailler ou une activité choisie par l’enfant : chercher des renseignements pour son exposé, préparer une lecture, apprendre les pays d’Europe, lire un roman…
- un travail systématique : pour chaque lundi apprendre « ses mots à savoir écrire » du lexique (cf. page).
Ce fonctionnement faisait beaucoup plus de sens pour les enfants, pour moi mais pas forcément pour les parents qui pouvaient se trouver désemparés en l’absence de consignes clairement données par moi et à tous. Inutile d’appeler le voisin pour connaître les devoirs à faire dans ce cas-là ! De toute façon il est vain d’espérer obtenir le soutien des parents en matière de devoirs tellement les attentes sont différentes d’une famille à l’autre. La communication entre les parents et moi n’a pas été satisfaisante à ce sujet.
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Evaluations nationales
Je n’ai jamais transmis au collège les résultats aux évaluations nationales de mes CM2, elles ne m’ont été demandées qu’une seule fois par la principale d’un collège où j’envoyais pour la première fois un élève, j’ai dit que je ne transmettrai pas mais que j’avais le temps de parler de l’enfant avec elle, ce que nous avons fait.
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Heures de soutien
Nous devons faire 2h par semaine de « soutien », c'est-à-dire désigner quelques élèves (6 maximum) à qui nous apprendrons en plus des cours à apprendre par cœur, savoir écrire sans erreur… J’ai utilisé ces heures pour ouvrir l’école le mercredi matin et accueillir tous les enfants qui souhaitaient venir travailler, pour avancer un projet, avancer dans une matière, bénéficier de mon aide.
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Inspections
Je n’ai eu le temps de me faire inspecter qu’une seule fois. L’Inspecteur m’avait envoyé un courrier me prévenant de son passage dans la quinzaine. Il a assisté à une séance de technologie en groupe qui s’est très bien déroulée. J’étais très déçue qu’il ne regarde pas plus attentivement mon classeur de préparation très fourni puisque je créais quasiment tous les cours. Il a ouvert un classeur d’élève au hasard et est tombé sur une erreur d’orthographe ! C’était visiblement plus important que tout mon travail de préparation et de réflexion…Il m’a donné des conseils très pertinents : utiliser des feuilles A3 plutôt que A4 pour le travail de groupe et dans des quantités supérieures, faire apprendre les dix mêmes mots par semaine à tout le monde, apprendre aux enfants l’utilisation des outils informatiques de communication...
Il a rédigé un compte-rendu positif, avec un bon nombre de points satisfaisants. J’ai reçu plus tard ma note : 11,5 génial ! Pour notre première inspection nous avions en gros 11 ou 11,5 ou 12. Le maximum pour les collègues qui ont une classe unique, 11,5 pour les inspections où il n’y a en gros « rien à déclarer » et le minimum pour les inspections où il y a quand même « un truc qui ne fonctionne pas aux yeux de l’inspecteur ». C’est motivant ! Par contre, il est possible de ne fournir que peu de travail, aucune réflexion, de brutaliser les enfants (par la parole, les traces sont beaucoup plus dures à déceler) et d’avoir une bien meilleure note et un salaire bien plus élevé de part son ancienneté… à méditer.
Note ou salaire ne m’ont jamais vraiment affectée, ce n’était pas là la reconnaissance que j’attendais, je préférais voir des sourires dans les yeux des enfants et entendre frapper à la porte pour accueillir les anciens qui revenaient passer un moment en classe.
Toutefois, une reconnaissance de sa hiérarchie est toujours la bienvenue. Une inspectrice, plus fine, a passé quelques heures dans ma classe et semblait satisfaite de constater que les enfants écrivaient et lisaient réellement, qu’ils savaient ce qu’ils faisaient en classe. Elle m’a donné la possibilité d’intervenir dans un stage à l’IUFM auprès de collègues qui avaient des classes à plusieurs niveaux. Merci Madame !
Pour conclure…
Quand j’interroge mes anciens élèves sur ce qu’ils ont pensé de leurs années passées dans ma classe, la plupart me répondent que ce qui leur a plu et qui était différent c’est la relation qu’ils avaient avec moi, qu’ils pouvaient parler de tout avec moi, que j’étais « gentille » avec eux. J’entends là que j’étais dans une « vraie » relation avec eux, que je les écoutais, que je les considérais, que je leur faisais confiance, que je les soutenais.
D’autres parlent de l’importance de participer activement au fonctionnement de la classe. Ils évoquent aussi l’importance d’organiser des événements, de se sentir « capables ».
Nombreux sont ceux à me dire : « tu m’as fait aimer les maths ou l’histoire. »
Les voyages sont souvent les premiers souvenirs qui reviennent.
C’est cette parole de Paula qui m’a le plus touchée : « Nous étions un groupe, nous étions soudés, d’ailleurs aujourd’hui nous nous voyons toujours. » Aujourd’hui, il ne se passe pas une semaine sans que j’ai des nouvelles d’un de mes anciens élèves, nous communiquons par mail. Je reçois des nouvelles, des bulletins, des « joyeux anniversaire »…
Ces cinq années ont été remplies de bonheur, m’ont beaucoup apporté. J’ai appris énormément de ces quarante-neuf enfants qui ont passé une, deux ou trois années dans ma classe. Bien sûr, il y a aussi eu quelques moments plus délicats. La communication avec les parents, les collègues, les autres adultes de l’école, du village n’a pas toujours été satisfaisante, j’ai fait aux mieux de mes possibilités du moment, malgré mes propres difficultés liées à la confiance en soi et à l’expression des différends. Je n’ai pas toujours gardé le calme que j’aurais aimé garder, là aussi j’ai fait selon mes propres dispositions. Je ne suis pas toujours arrivée en classe avec un repos ou un travail de préparation suffisants. Je n’ai pas rempli tous les papiers demandés par l’inspection, je n’ai pas toujours pensé à faire passer aux parents toutes les informations nécessaires. Mon bureau et la classe n’ont pas toujours connu l’ordre que j’aurais souhaité. Mais le désordre n’est il pas parfois d’un ordre organique, signe d’une évidente vitalité créative et cognitive. La dernière année, des parents n’ont pas compris le fonctionnement de la classe, surtout les devoirs je pense, et malgré mes invitations à venir discuter directement avec moi, ils ont continué de se plaindre dans le village et certains ont même cru que j’étais partie à cause de cela, il n’en est rien.
J’ai mis un terme (ou peut-être n’est-ce qu’une pause ?!) à ce métier car :
J’aime apprendre aux enfants mais j’aime encore plus apprendre moi-même et j’ai besoin d’apprendre d’autres choses.
Pour des raisons de choix de vie, j’ai besoin d’avoir une activité indépendante et libérale.
Même si j’ai pu enseigner comme je le souhaitais, j’ai besoin de mettre moi-même complètement en place le cadre dans lequel je travaille.
Ce que j’apprends me fait entrer dans un autre paradigme et je comprendrais des choses des enfants sur lesquelles je ne pourrais pas agir.
Je n’abandonne pas la réflexion sur l’école, sur l’éducation. Je ne sais pas encore exactement de quelle manière, par quels moyens mais je souhaite participer activement à cette réflexion et également communiquer sur le sujet et amener un maximum de personnes à réfléchir également à l’éducation de nos enfants.
J’ai fait part ici de quelques actions que l’on peut facilement mettre en place dans sa classe, c’est loin d’être une liste exhaustive, avec les trois références de bas de page, vous pourrez découvrir des quantités d’activités, de fonctionnement très riches. Je tiens surtout à faire passer le message que l’on a les limites que l’on se donne, que l’on est l’auteur de nos décisions, qu’il y a une place dans l’éducation nationale pour les précurseurs.
Quelques témoignages d’enfants
P.G. : « Alors qu’est-ce que j'ai préféré dans ta classe? Je dirais l'autonomie. Ca nous a tous aidés je pense de pouvoir avoir des libertés et devoir se débrouiller un peu tout seul pour faire des choses, prendre des décisions. J'ai vraiment aimé la relation qu'on avait avec toi tu étais notre maitresse mais plus encore, jamais avec d'autres enseignants (je parle pour moi mais je pense aussi pour les autres) On n'a été aussi proche. C'était vraiment bien de pouvoir parler de tous avec notre "maitresse" c'était sans tabou on n'a appris des choses que je pense, nous n'aurions pas appris avec les autres maitresses. J'ai vraiment beaucoup aimé la manière dont tu nous faisait apprendre les choses, c'était vraiment différent et beaucoup plus ludique. Encore aujourd'hui je me souviens des feuilles que tu collais au mur pour les classes grammaticales. Je me souviens aussi de ce qu'on a fait pour la coupe de monde du rugby, on a appris beaucoup de choses sur les pays. C'était vraiment bien que par ton métier tu nous fasses prendre conscience du commerce équitable, de tout ce qui tourne autour du recyclage, du racisme, des relations avec les autres. Quand je repense je me souviens des voyages bien sûr ! De l'ambiance pendant les jeux de l’oie... Le plus important? Huum, on été vraiment soudés je pense, (je parle de ma classe) même aujourd'hui encore on se revoit régulièrement a peu prés tous et c'est vraiment bien.
Voyage? Je pense que si on n’avait pas fait de voyage, ça n'aurait pas été pareil. Pour moi en tout cas c'était mon tout premier voyage scolaire sans papa et maman et tout, ça a vraiment était un changement et c'était tellement bien! Fouras je m'en rappelle comme si c'était hier la plage la fête les chambres les rigolades Hahaha. Paris aussi était super je me souviens du métro, les gens déprimés et nous tout contents. Je me souviens surtout de Lily et ton frère comme accompagnateurs. »
G.B. : « Ce que j’ai aimé : l'histoire c'est grâce a toi que j'ai pris goût à l'histoire et les maths, ce qui était différent c'est la relation que l'on avait avec toi . »
P.C. : « Ce que j'ai aimé c’est la phrase du jour où il y avait un élève au tableau qui écrivait la phrase et les autres élèves sur leur cahier. Ce que je n'ai pas aimé c'est l'histoire (Je n'aime toujours pas^^). Ce que je me rappelle qui était différent des autres classes c'est la relation qu'on avait avec toi. Quand j'y repense la première image qui me revient c'est le superbe voyage qu'on a fait à Fouras . Ce qui a été important c'est ta gentillesse. »
A.M. : « L'ambiance, ta gentillesse, la relation que l'on avait avec toi, les voyages les lotos , quand on vendaient des trucs .. ! Les jokers… Tout ce que tu nous as appris nous sert donc… »
M.M. : « Une chose que je retiendrais avant tout, et bien je crois que c'est le voyage à Fouras, ce qui m'a permis de prendre un peu plus confiance en moi .. même si le départ avait été difficile, c'était top ! Et puis je suis d'accord avec les autres, la relation avec toi, ce qui était très important ! Et puis les conseils aussi étaient pas mal, on pouvait régler les problèmes en toute convivialité! Et puis j'aimais bien les travaux en groupe, on travaillait tout en étant ensemble.. »
1 : voir le site de Bruce Demaugé-Bost
2 : voir le livre de Sylvain Connac : « Apprendre avec les pédagogies coopératives ».
3 : Bernard Collot est l’auteur de « Une école du 3ème type » aux éditions L’Harmattan et de « L’école de la simplexité » disponible sur le site The Book Editions. Il est l’auteur d’un blog http://education3.canalblog.com/
Une pensée pour :
Maxime, Pauline, Gabriel, Pascaline, Audrey, Julien, Camille, Marie, Luc, Marine, Justine, Marion, Kévin, Mickaël, Jérémie, Louis, Antony, Elise, Cassandra, Glwadys, Lisa, Lola, Matthias, Gaétan, Alyssia, Amandine, Alexandre, Antoine, Simon, Thomas, Valentin, Amélie, Guillemette, Nicolas, Thibaut, Alexis, Léo, Damien, Léa, Thérésita, Alex, Adrien, Brandon, Félix, Loan, Mathilde, Yoann.
Philippe, Didier, Monique, Bernard, Jean-Marc, Isabelle, Laure, Elise.
Merci à Michel B. pour sa relecture.