vendredi 8 juin 2012

Jeux de pouvoir

Au cours de mes cinq années d'instit, j'ai initié les enfants à la communication non violente. Les quatre premières années cela a bien fonctionné et j'ai observé des gros progrès chez pas mal d'enfants (et chez moi aussi !).
La cinquième, ça a été un échec ! Violence verbale, manque de respect, moqueries... je n'ai pas réussi à améliorer la communication dans le groupe avec la CNV. J'ai bien émis quelques hypothèses pour tenter d'expliquer cet échec mais n'ai toujours pas vraiment bien compris ce qui n'a pas fonctionné. De l'hypothèse la plus terre à terre : il y a beaucoup de garçons du même âge dans le groupe, ils sont en concurrence, ils se provoquent, veulent montrer leur supériorité... à l'hypothèse moins rationnelle de thèmes astraux incompatibles (!!)... en passant par "la faute à pas de chance". 

J'ai vu une conférence de JJ Crèvecoeur qui m'apporte une nouvelle lecture de cet échec : les jeux de pouvoirs.
Selon lui, la CNV ne peut pas régler les problèmes relationnels liés aux jeux de pouvoirs car la CNV ne s’intéresse pas à l'attente, au projet implicite qu'a la personne qui manipule. 
D'après lui, dans le cas d'une relation d'un jeu de pouvoir il faut appliquer une autre méthode pour améliorer la situation.

Il définit un jeu de pouvoir comme quelque chose qui est dit ou fait pour faire faire, faire dire, faire penser, faire ressentir quelque chose à quelqu'un d'autre. Et ceci :
- sans prendre la responsabilité de cette intention,
- en exerçant une pression psychologique qui engendre un malaise chez le manipulé, 
- avec une distorsion entre les messages implicite et explicite,

- avec une attente ou un projet implicite, 
- avec une complicité circulaire : le manipulé alimente la tentative de manipulation.


Pour mettre fin à une telle situation JJC propose (en gros !) au manipulé de
- ne pas chercher à contrer la dynamique du manipulateur,
- ne pas céder à la pression en faisant l'action attendue mais exprimer son malaise,

- expliciter ses pensées et ses émotions et demander au manipulateur d'expliciter les siennes,
- chercher ce qui dans sa réaction permet au manipulateur de continuer son jeu de pouvoir,
- ne pas se considérer comme impuissant, comme une victime car inconsciemment il alimente le comportement du manipulateur
- ne pas exercer à son tour de pression, 
- abandonner ses projets implicites et demander au manipulateur d'exprimer les siens,
- prendre ses responsabilités, agir.

Il est bien possible que j'ai laissé la possibilité à ces enfants d'entrer dans une relation de jeux de pouvoir avec moi et avec des camarades, et que je n'ai pas su m'en sortir. 

Lien vers le site de JJC  et vers son livre "Relations et jeux de pouvoir".

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