mercredi 20 février 2013

Ma lettre au Ministre de l'Education nationale

Nicolas, ou Monsieur Nicolas comme je l'ai nommé dans la lettre au ministre, est libéré ! quoique il est plutôt reconduit dans sa cellule : sa classe !
J'ai mangé avec lui aujourd'hui, il semble prendre avec philosophie ce qui lui est arrivé et comprend l'avantage net de la situation : il n'est plus seul et les choses vont devoir être dites clairement à présent !
Il semble que nos lettres aient pesé dans la décision :) !


Voici la lettre que j'ai envoyé au ministre pour l'affaire de N, instit renvoyé de sa classe dans le Loiret, cf. posts précédents.

Monsieur le Ministre de l'Education nationale,

Je vous fais part de mon indignation face à la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui Monsieur Nicolas, professeur des écoles dans le Loiret.

Cet enseignant qui travaille avec beaucoup d’enthousiasme et d’énergie à la mise en place d’un milieu scolaire innovant pour l’épanouissement de tous les enfants se voit renvoyé de sa classe par son inspecteur comme s’il avait commis un acte grave. Cet inspecteur n’a pas pris en compte l’avis de la majorité des parents et des enfants qui sont tout à fait satisfaits du fonctionnement de la classe. Il a simplement pris en compte l’avis de quatre parents désappointés.

Toute personne motivée pour faire évoluer son métier, qui met en place une organisation non conventionnelle s’expose à ce qu’il y ait des mécontents, c’est normal. Ce qui ne l’est pas c’est que ces derniers viennent ruiner tous les efforts mis en place sur une lettre qui ressemble à une dénonciation et avec l’aide d’un fonctionnaire qui préfère désavouer son subordonné pour étouffer l’affaire plutôt que d’investiguer pour comprendre l’intérêt du travail effectué.

Si Monsieur Nicolas a une manière de travailler différente de la manière « classique » c’est qu’il est attentif au bien-être de ces élèves et conscient des limites du système « ambiant » et des progrès faciles à réaliser. Le temps et l’énergie qu’il investit sont énormes, il sait qu’il participe à quelque chose d’important : développer une autre école, plus cohérente, plus vivante, plus épanouissante.

A l’heure où vous cherchez des moyens de révolutionner l’école vous ne devriez pas sortir Monsieur Nicolas de sa classe mais plutôt venir l’observer et discuter avec lui, ou alors si vous le sortez, avec son accord, c’est pour le nommer conseiller pédagogique ou inspecteur !

Le travail de Monsieur Nicolas et de tous les enseignants qui cherchent à développer un milieu éducatif vivant est d’intérêt public ! Faire ce métier, être conscient des problèmes et mettre son énergie à le faire évoluer demandent beaucoup de courage, de force et de persévérance.

Cette affaire porte encore un discrédit supplémentaire au fonctionnement de l’Education nationale et plus précisément aux inspecteurs. Le rôle de l’inspecteur ne serait-il pas de prendre du recul sur la situation et de dénouer le problème en aidant à la communication ? d’observer les acquis des enfants, leur motivation à venir à l’école ainsi que leur intérêt pour les activités qu’ils font et leur degré d’autonomie  ? d’observer si l’enseignant sait reconnaître le progrès de chacun ? sait prendre en compte les besoins de chacun ? sait respecter chaque enfant et lui offrir le cadre sécure dont il a besoin pour développer ses apprentissages ?

Sortir de sa classe un enseignant compétent, blâmer un enseignant lucide et éveillé pendant que tant d’autres qui ne remettent rien en cause, appliquent ce qu’ils pensent être obligés de faire, en ouvrant dans chaque matière un manuel commercial différent se voient récompensés par des notes élevées. Quel sens ? Quelle école ?

Monsieur le Ministre, je vous demande de permettre à Monsieur Nicolas de retourner dans sa classe, de permettre à ces enfants de retrouver celui en qui ils ont confiance, de reprendre leurs projets, de retrouver leur sécurité. C’est urgent !

Faire évoluer l’école est aussi urgent, la première pierre devrait être de s’intéresser à ceux qui comme Monsieur Nicolas mettent leur intelligence, leur réflexion au service de ce magnifique projet : offrir aux enfants un cadre vivant, cohérent dans lequel chacun se sent reconnu, dans lequel toutes les dimensions de l’être sont prises en compte, dans lequel les relations sont vraies et humaines.

Redonnez lui sa classe et reconnaissez l’intérêt de son travail !

Veuillez agréer, monsieur le Ministre, mes respectueuses salutations
  

Une enseignante qui fut motivée pendant cinq années pour travailler dans le même sens que Monsieur Nicolas et qui a aussi brûlé ses ailes à y mettre trop d’enthousiasme et d’importance et qui préfère à présent acquérir d’autres connaissances, sur la santé et le bien-être, pour revenir plus tard à une éducation, humaine et respectueuse, qui ne pourra se faire dans l’éducation nationale si elle continue de prendre ce chemin, une citoyenne qui a pourtant longtemps défendu l’école républicaine publique et laïque et a même voté pour vous avec une lueur d’espoir pour une approche plus intelligente de l’école.



1 commentaire:

  1. j'ai eu le même tour en 1997 après avoir été pendant près de 20 ans à la limite pour cause de nouveauté, de trop grande liberté par rapport aux programmes.
    Mes élèves venaient gratter à la porte pendant les récréations pour "travailler".
    Je suis rentré dans le rang écœuré et maintenant plus personne ne vient gratter à ma porte.

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